Aucun joueur espagnol n'avait jamais fait ça. En huitième puis en quart de finale de ce Mondial 2026, Mikel Merino est sorti du banc pour inscrire le but de la victoire. Deux fois. En une semaine.
Selon Opta, il est le premier Espagnol de l'histoire de la Coupe du monde à marquer le but vainqueur d'un match à élimination directe en étant remplaçant, et le premier à en signer deux à la 80e minute ou au-delà dans un même tournoi. Un hasard ? L'histoire dit le contraire.
Un scénario déjà écrit à l'Euro
Ceux qui suivent la Roja connaissent la chanson. À l'Euro 2024, en quart de finale contre l'Allemagne, pays hôte, Merino avait surgi à la 119e minute pour tromper le gardien allemand d'une tête. Sky Sports avait résumé l'instant sans détour : le remplaçant « éjectait les hôtes » du tournoi. Ce but avait lancé l'Espagne vers un titre qu'elle allait finir par soulever.
Deux ans plus tard, le mécanisme n'a pas bougé. Quand une rencontre se crispe et que les jambes adverses s'alourdissent, De la Fuente dégaine son joker.
Deux minutes, deux fois décisif
Contre le Portugal, Merino est entré tard, à la 84e selon Opta, à la 85e selon Sofascore, avant de frapper à la 90e+1. Lancé dans la profondeur par un autre entrant, Ferran Torres, il a ajusté une frappe basse au ras du poteau. Pas une tête, une frappe. Fin de match, fin de parcours mondial pour Cristiano Ronaldo. Opta rappelle qu'il s'agit seulement du deuxième but espagnol inscrit à la 90e minute en Coupe du monde, après celui de Joaquin Peiro contre le Mexique en 1962.
Ce but s'inscrit dans une série folle : toujours selon Opta, il a été le dixième marqué dans les tout derniers instants (90e ou 120e minute) de ce Mondial, un record pour une seule édition.
Contre la Belgique, en quart, le scénario a viré au copier-coller. Entré à la 86e à la place de Dani Olmo, Merino a marqué dès la 88e. Deux minutes sur la pelouse, et déjà décisif : il a suivi une frappe de Pau Cubarsi, mal repoussée par Senne Lammens, le portier belge entré en jeu après la sortie sur blessure de Thibaut Courtois, touché au quadriceps.
Le profil colle parfaitement au rôle. Milieu box-to-box puissant, à l'aise dans les surfaces, Merino a aussi dépanné à Arsenal comme faux avant-centre. C'est exactement ce dont on a besoin pour peser sur une défense émoussée en fin de match : un joueur frais, grand, qui casse les lignes et arrive lancé au point de chute. Les Gunners l'avaient recruté à la Real Sociedad en 2024 pour 27,4 millions de livres, jusqu'à 31,6 avec les bonus, selon Sky Sports.
C'est là toute la logique du joker moderne. Pendant que Rodri et Fabian Ruiz usent l'adversaire dans l'entrejeu pendant quatre-vingts minutes, Merino attend son heure, puis débarque avec des jambes fraîches au moment où les défenses reculent et où les espaces s'ouvrent. Sa taille et son sens du déplacement font le reste.
Du billard à la lumière
Il aurait pourtant pu suivre ce Mondial depuis son canapé. En février 2026, Merino passe sur le billard : fracture de fatigue au pied droit, contractée à l'entraînement avec Arsenal. Le premier diagnostic évoque environ quatre mois d'absence, et sa présence au tournoi paraît sérieusement compromise.
« C'était un immense soulagement », a-t-il confié à Yahoo Sports. « Il y a quelques mois, être ici était impensable... Parfois, j'avais du mal à croire que je pourrais y être... Maintenant, tout prend son sens. »
Reste une question : pourquoi ne pas le titulariser ? Le sélectionneur a tranché depuis longtemps. Sur toute la phase à élimination directe, il aligne Rodri et Fabian Ruiz au cœur du jeu et conserve Merino comme arme de fin de match. Sa seule titularisation du tournoi remonte au dernier match de groupe, face à l'Uruguay.
Le paradoxe est savoureux. Plus Merino se montre décisif en sortie de banc, plus il complique le choix de son entraîneur. Le titulariser, ce serait perdre ce facteur de surprise en fin de match ; le laisser sur le banc, ce serait se priver d'un homme en pleine réussite. De la Fuente, pour l'instant, a choisi la deuxième option, et elle lui a réussi deux fois.
Après la qualification contre le Portugal, il a d'ailleurs assumé son choix. « La contribution des joueurs a été magistrale... C'est un joueur de classe mondiale. Je veux souligner l'importance de ceux qui entrent en jeu. Et Mikel ne déçoit jamais : c'est une valeur sûre », a-t-il déclaré, rapporté par Goal.com.
La suite se jouera contre la France, mardi 14 juillet à l'AT&T Stadium de Dallas, pour une place en finale. La vraie question tient en une ligne : après deux entrées qui ont tout changé, Merino a-t-il enfin gagné le droit de débuter ? À moins que son véritable pouvoir ne soit, précisément, de sortir du banc.


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