Thibaut Courtois a quitté la pelouse du SoFi Stadium en larmes, remplacé à la 71e minute. L'image restera. Elle raconte moins une blessure qu'une fin.
En s'inclinant devant l'Espagne en quart de finale (2-1), le 10 juillet, la Belgique n'a pas seulement perdu un match. Elle a refermé, sans doute pour de bon, le chapitre le plus prometteur de son histoire. Celui d'une génération que l'on a dite dorée, et qui s'en va sans le moindre titre.
Un sommet atteint en 2018, jamais retrouvé
Le 20 septembre 2018, les Diables rouges s'installaient en tête du classement FIFA. Ils y sont restés près de quatre ans, troisième plus long règne de l'histoire du classement derrière l'Espagne et le Brésil, rappelle la FIFA. La Belgique venait alors de terminer sa Coupe du monde à la troisième place, battue d'un souffle en demi-finale par la France (1-0), avant de dominer l'Angleterre dans le match pour le bronze.
C'était le pic. Depuis, la pente n'a fait que descendre.
Une décennie de rendez-vous manqués
On l'a longtemps présentée comme la meilleure génération de l'histoire du football belge. Elle en avait le talent, jamais les titres. De Bruyne au sommet de son art, Courtois installé parmi les tout meilleurs gardiens de la planète, Hazard puis Lukaku pour animer l'attaque : sur le papier, rien ne manquait. Dans les moments qui comptent, il a toujours manqué un rien, un but, un arrêt, une minute.
Le décor semblait planté pour un sacre. Il n'est jamais venu. À l'Euro 2020, l'Italie écartait la Belgique en quart de finale (2-1), but de Barella côté transalpin, penalty transformé par Lukaku côté belge. Au Mondial 2022, les Diables sortaient dès le premier tour, une première depuis 1998. À l'Euro 2024, la France les renvoyait à la maison en huitièmes (1-0). Quatre grands tournois, quatre éliminations, pas une seule finale au bout.
Le quart perdu face à la Roja prolonge la série. Fabian Ruiz ouvrait le score (30e), Charles De Ketelaere égalisait d'une tête (1-1, 41e), avant que Mikel Merino, entré depuis moins de deux minutes, ne s'en aille marquer le but de la victoire espagnole (2-1, 88e), à la suite d'un ballon relâché par Senne Lammens sur une frappe de Pau Cubarsi. La tête de De Ketelaere avait pourtant mis un terme à 649 minutes d'invincibilité d'Unai Simon, selon Opta. Un éclair sans lendemain.
Les larmes de Courtois, un symbole
Remplacé à la 71e minute, Courtois a raconté sa soirée sans détour : « J'ai dégagé au pied et j'ai ressenti une forte douleur au quadriceps. Au final, le sélectionneur a décidé de me sortir. » Une blessure musculaire à la cuisse, décrite par ESPN, rien de plus grave. Mais chez un gardien de 34 ans en larmes, l'image portait un autre message.
Rudi Garcia n'a rien éludé en conférence de presse : « Depuis le début de la Coupe du monde, je ne voulais pas de joueurs sur le terrain qui ne soient pas à 100 %, et c'était le cas de Courtois aujourd'hui. » Le technicien a évoqué « un coup dur à encaisser », avant de confier que son gardien avait envisagé de mettre sa sélection entre parenthèses pendant un an, sans l'avoir encore signifié à la fédération ni à ses partenaires.
Autour de lui, le noyau de 2018 a vieilli d'un bloc. Axel Witsel (37 ans, 136 sélections), Kevin De Bruyne (35 ans, 117), Courtois (34 ans, 107) et Romelu Lukaku (34 ans, 124) tiennent encore la baraque, mais plus pour longtemps. De Bruyne l'a admis lui-même dans les colonnes du Het Laatste Nieuws, en septembre 2024 : il raccrochera « probablement » avec les Diables après ce Mondial, tout en nuançant aussitôt, « on verra », rien n'étant arrêté.
La relève, elle, est prête
Il existe pourtant une raison d'y croire, et ce n'est pas un slogan. En quittant la sélection en décembre 2022, au lendemain de la désillusion qatarie, Eden Hazard lâchait cette phrase : « la nouvelle génération est prête. »
Les chiffres de ce tournoi lui donnent raison. Emmenée par Jeremy Doku, De Ketelaere, Amadou Onana et le jeune Matias Fernandez-Pardo, la Belgique a bouclé la compétition avec 13 buts inscrits, deuxième total du Mondial derrière la France, souligne Opta. Sur ce plan, aucun autre pays que les Bleus n'a fait mieux.
La jeune garde belge a déjà pris le pouvoir sur le terrain. Le socle existe. Restera à bâtir autour de lui un projet, à trouver l'entraîneur capable de le porter, et à convoquer un peu de cette réussite qui a si souvent manqué à leurs aînés.
Garcia et son groupe ne méritent ni procès ni moquerie : ils ont tenu tête à l'Espagne jusqu'à la 88e minute, et sont tombés les armes à la main. Mais l'enjeu se déplace désormais. La génération dorée s'en va sans avoir jamais touché l'or, et elle le sait. Reste la seule question qui vaille : celle qui prend le relais saura-t-elle, enfin, aller au bout ?
Sources
- ESPN : récap du quart, l'Espagne bat la Belgique
- ESPN : blessure de Youri Tielemans, sortie de Courtois
- ESPN : la génération dorée belge est terminée
- Opta Analyst : la nouvelle génération belge peut-elle aller au bout ?
- FIFA.com : le règne belge en tête du classement
- Sporza : compte rendu du quart Espagne-Belgique
- ESPN/CBS Sports : Eden Hazard prend sa retraite internationale
- voetbalnieuws.be : De Bruyne sur son avenir chez les Diables (entretien HLN)

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