Le pari De la Fuente et un entrejeu belge fragilisé
D'entrée, Luis de la Fuente a posé un choix fort : titulariser Fabian Ruiz aux côtés de Rodri et laisser Pedri sur le banc. Un 4-3-3 classique sur le papier, mais un entrejeu pensé pour la conservation et la première passe. « Nous savons ce que ces joueurs vont nous apporter quand nous les alignons, a justifié le sélectionneur. Nous avons réuni les meilleurs joueurs et les meilleures personnes au monde, et ils s'entendent à merveille. »
En face, la Belgique avançait déjà diminuée. Youri Tielemans, annoncé au coup d'envoi, a déclaré forfait après une blessure contractée à l'échauffement, selon ESPN. Rudi Garcia a maintenu son 4-3-3 avec Raskin dans l'entrejeu, mais son bloc a manqué d'un vrai point d'appui devant la défense. Résultat : la première relance espagnole n'a presque jamais été contrariée.
Une domination que le tableau d'affichage a trahie
Le plan a rapidement pris forme sur le côté droit. Sur une surcharge où Lamine Yamal et Pedro Porro se dédoublaient, le latéral partait dans la profondeur et centrait pour Dani Olmo, dont la frappe était repoussée par Courtois. Fabian Ruiz suivait et poussait le ballon au fond (1-0, 30e). Le joueur préféré à Pedri venait de donner raison à son sélectionneur. Sur ce flanc, Yamal et Porro ont fait de nombreuses misères au côté gauche belge.
Les chiffres racontent une rencontre à sens unique. Sur l'ensemble de la partie, l'Espagne a frappé 17 fois contre 5, pour un total d'expected goals de 2,08 contre 0,37, selon Opta. Le déséquilibre existait déjà avant la pause, alors que le score était pourtant de 1-1. À la mi-temps, la Roja comptait 9 tirs (3 cadrés), 1,08 d'xG et 62 % de possession, quand la Belgique se limitait à 2 tentatives (une cadrée) et 0,18 d'xG, relevait Sofascore : les chiffres disaient une chose, le tableau d'affichage en disait une autre.
Au cœur de ce contrôle, un métronome : Rodri. Seul point d'ancrage à la relance, il a orienté, temporisé et cassé les lignes adverses. Le milieu de Manchester City a bouclé le tournoi avec 62 passes de rupture dans le dernier tiers, égalant le record sur une édition de Coupe du monde détenu par Toni Kroos en 2014, note Opta. Tant qu'il tenait ce fil, la Belgique courait après le ballon.
L'égalisation à contre-courant
Et pourtant, les Diables rouges ont recollé. Sur un centre de Timothy Castagne, Charles De Ketelaere a devancé tout le monde de la tête (1-1, 41e), quatre minutes avant la pause. Une réalisation « à contre-courant », de l'aveu même d'Opta, qui a mis fin à une série d'invincibilité que l'analyste chiffre à 649 minutes (d'autres médias l'arrondissent à environ 650, sans s'accorder sur la minute exacte).
Le détail en dit long. Privée de maîtrise dans le jeu, la Belgique a trouvé la faille sur son unique registre de la soirée : le ballon arrêté et la transition. Rien qui ressemble à une emprise durable, plutôt l'exploitation d'une situation isolée. Sur la durée, un tel modèle ne pouvait pas suffire.
Courtois sorti, la profondeur de banc pour trancher
Le tournant est venu d'un pépin physique. À la 71e minute, Thibaut Courtois a cédé sa place à Senne Lammens, touché au quadriceps. « J'ai dégagé au pied et j'ai ressenti une vive douleur au quadriceps », a raconté le gardien. Garcia a assumé : « Je ne voulais pas de joueurs à 100 % sur le terrain, et c'était le cas de Courtois. Il a été excellent durant toute la Coupe du monde, mais nous ne voulions pas aggraver sa blessure. » Un portier remplaçant lancé dans le grand bain au pire moment, alors que l'Espagne continuait de pousser et que l'organisation défensive belge vacillait.
De la Fuente, lui, a géré son banc avec méthode. Pedri pour Fabian Ruiz (55e), Nico Williams pour Mikel Oyarzabal (79e), puis Mikel Merino pour Dani Olmo (86e). Deux minutes plus tard, le milieu de la Real surgissait pour tromper Lammens, qui avait relâché une frappe lointaine de Pau Cubarsi (2-1, 88e). Un scénario déjà vu : c'était Merino, entré en cours de jeu, qui avait éliminé le Portugal en huitièmes. Deux entrées, deux buts décisifs en phase à élimination directe. La profondeur de l'effectif espagnol, arme tactique à part entière, a fini par faire la différence.
L'Espagne file en demi-finale, où l'attend la France. Reste une question : cette maîtrise résistera-t-elle à un adversaire capable, lui, de la lui disputer ?
Sources
- The Analyst (Opta) - Spain vs Belgium Stats: World Cup 2026 Quarter-Final
- Sofascore - Spain 1-1 Belgium at halftime, numbers point one way score says another
- ESPN - Spain beat Belgium late to set World Cup semifinal vs France
- ESPN Match Center - Spain 2-1 Belgium box score
- Bolavip - Spain vs Belgium confirmed lineups, World Cup 2026 quarterfinals
- RotoWire - Spain vs Belgium preview, lineups and tactical analysis

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