Ayyoub Bouaddi : le môme de Creil qui a choisi le Maroc, puis défié la France

À 18 ans, le milieu de Lille est devenu le plus jeune titulaire d'un quart de finale de Coupe du Monde depuis Pelé. Né près de Paris, il avait renoncé aux Bleus quelques semaines avant de les affronter, et n'en regrette rien.

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Soixante-deux minutes. Voilà tout ce qu'Ayyoub Bouaddi aura tenu sur la pelouse de Foxborough, dans le Massachusetts, avant de céder sa place et d'assister, impuissant, à l'élimination du Maroc par la France (2-0) en quart de finale, le 9 juillet, selon NPR. Le scénario avait tout d'une punition. Un môme de 18 ans, né et grandi à quelques kilomètres de Paris, sorti du tournoi par le pays dont il avait refusé le maillot quelques semaines plus tôt.

Et pourtant, ce soir-là, Bouaddi a gravé son nom dans l'histoire. À 18 ans et 280 jours, le milieu lillois est devenu le deuxième plus jeune joueur à débuter un quart de finale de Coupe du Monde, rappelle WION News. Devant lui, un seul nom, et pas le premier venu : Pelé, titulaire à 17 ans et 239 jours face au Pays de Galles en 1958. Soixante-huit ans les séparent. La compagnie donne le vertige.

Un fils de Creil, loin des clichés

Bouaddi n'a rien du Marocain de dernière minute, du renfort déniché sur un arbre généalogique. Il a grandi dans l'Oise, à Creil, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Paris. Son père, Hassan Bouaddi, ancien handballeur, y est adjoint au maire, comme le raconte Al Jazeera. Une famille installée, un parcours d'abord 100 % français.

Sur le terrain, l'ascension a été fulgurante. À 16 ans et 3 jours, il disputait une rencontre de Ligue Europa Conférence sous le maillot du LOSC et devenait le plus jeune joueur de l'histoire à apparaître dans une compétition européenne de clubs, note TNT Sports. Il avait même porté les couleurs des sélections de jeunes françaises. Le genre de précocité qui, d'ordinaire, ouvre grand les portes des Bleus.

Le choix du Maroc, assumé sans détour

C'est précisément là que sa trajectoire bifurque. En mai 2026, la FIFA valide son changement de nationalité sportive : Bouaddi jouera pour le Maroc, pas pour la France, à quelques mois seulement du coup d'envoi du Mondial, d'après TNT Sports et Al Jazeera. Un choix de cœur, tranché à un âge où beaucoup hésitent encore, et à un moment où le calendrier ne laissait plus de place au doute.

Le staff marocain lui a aussitôt renvoyé sa confiance. Bouaddi a débuté cinq des six matchs du Maroc dans le tournoi, jusqu'à ce quart face au pays qui l'a vu naître. Le sort a même voulu qu'il doive éliminer la France pour prolonger l'aventure. Il n'y est pas parvenu.

Restait la réaction, celle qui en dit long sur un tempérament. Au coup de sifflet final, pas la moindre ombre de regret. « Aucun regret, absolument aucun... Je suis vraiment fier d'avoir choisi le Maroc », a-t-il lâché, cité par Yahoo Sports. À 18 ans, la formule sonne déjà comme une profession de foi.

Sorti après 62 minutes, il a vécu la fin de la rencontre sur le banc, spectateur de l'élimination des siens. Rien, pourtant, n'a semblé entamer sa conviction. Celui qui avait renoncé aux Bleus n'a pas tremblé face à eux, et l'a fait savoir au micro.

Un joyau que Lille ne compte pas brader

Ce que Bouaddi a montré cet été ne concerne pas que la sélection marocaine. À Lille, on connaît la valeur du garçon, et on la chiffre haut. Son président, Olivier Letang, l'estime au-dessus des deux plus gros transferts de milieux de l'été, rapporte TNT Sports : Elliot Anderson, parti à Manchester City pour environ 116 millions de livres, et Sandro Tonali, recruté par Tottenham pour près de 100 millions. Une valeur à trois chiffres, donc, pour un joueur qui n'a pas encore soufflé sa dix-neuvième bougie.

Le club, lui, a sécurisé l'essentiel depuis longtemps. Dès le mois de décembre, Bouaddi a paraphé un nouveau contrat courant jusqu'en 2029. De quoi aborder les prochains mercatos sans trembler, et faire monter les enchères.

Reste que le plus beau capital de Bouaddi n'est pas comptable. À 18 ans, il a déjà un Mondial dans les jambes, cinq titularisations au plus haut niveau, et une ligne d'histoire que seuls les plus grands partagent avec lui. Le reste appartient déjà aux prochaines saisons.

Et maintenant ?

L'épopée marocaine s'arrête en quart, mais celle de Bouaddi ne fait que débuter. Retour à Lille, où l'attendent une saison de Ligue 1 et une cote qui ne cesse de grimper. Retour, aussi, à cette question que la France gardera un moment en travers de la gorge : et si le prochain grand milieu qu'elle a laissé filer portait déjà, sur ses épaules, les couleurs d'un autre ?

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