En écartant la Belgique (2-1), l'Espagne n'a pas seulement retrouvé le dernier carré d'un Mondial pour la première fois depuis son sacre de 2010 en Afrique du Sud. La Roja a surtout ajouté une ligne à un compteur qui donne le vertige : 36 matches sans la moindre défaite.
Souvent solide, parfois souveraine, la sélection de Luis de la Fuente n'a plus connu la défaite depuis un revers amical concédé face à la Colombie (0-1), le 22 mars 2024, au Stade olympique de Londres. Depuis, plus rien. Vingt-six mois pleins, un titre en Ligue des Nations en 2023, un Championnat d'Europe enlevé en 2024 au terme de sept victoires de rang, et maintenant une demi-finale de Coupe du Monde. La série n'est pas un accident de parcours. Elle est le fil conducteur de tout un cycle.
Une série qui rejoint l'Argentine et vise l'Italie
Le succès sur les Diables rouges a une saveur d'archive. Il porte la marque espagnole à hauteur de celle réalisée par l'Argentine de Lionel Scaloni entre 2019 et 2022, elle aussi longue de 36 rencontres sans défaite, rappelle beIN Sports. La comparaison flatte : cette Albiceleste-là avait empilé une Copa America puis une Coupe du Monde sur sa lancée, jusqu'au sacre de Doha.
Au passage, l'Espagne a effacé son propre record national. Ses 35 matches d'invincibilité, signés entre 2007 et 2009 sous Luis Aragonés puis Vicente del Bosque, appartiennent désormais au passé. L'époque bénie du triplé Euro-Mondial-Euro, dépassée par la génération actuelle.
La singularité de cette série tient à sa diversité. Amicaux, éliminatoires, phase finale de l'Euro, Ligue des Nations, Coupe du Monde : sur tous les terrains et dans tous les formats, la Roja a trouvé le moyen de ne jamais céder. C'est là, sans doute, la vraie mesure de sa domination.
Cette trajectoire porte la signature de Luis de la Fuente. Ligue des Nations en 2023, Championnat d'Europe en 2024, dernier carré mondial en 2026 : le sélectionneur a bâti son mandat sur une régularité que peu voyaient venir. L'invincibilité n'est pas un slogan brandi après coup, c'est devenu sa méthode.
Reste un dernier sommet à gravir. Le record absolu du football international masculin est détenu par l'Italie de Roberto Mancini : 37 matches sans défaite, entre 2018 et 2021. Le calcul est limpide. Un simple résultat sans défaite, une victoire comme un match nul, suffirait à égaler la Squadra Azzurra. Il en faudrait deux pour la dépasser. La demi-finale, puis la finale pour qui la disputera, tombent donc à point nommé.
La meilleure défense du tournoi
Si l'Espagne dure, c'est d'abord parce qu'elle ferme sa cage. Meilleur bilan défensif de la compétition d'après CNN, la sélection avait enchaîné cinq rencontres sans encaisser le moindre but avant que Charles De Ketelaere ne relance tardivement le suspense face à la Belgique. La logique est implacable : on ne perd pas quand on ne prend pas de but. Une assise qui, plus que les coups d'éclat offensifs, raconte la vraie nature de cette équipe.
Le scénario du quart de finale a suivi ce même fil. Fabián Ruiz avait lancé la Roja dès la 29e minute, d'une ouverture du score qui posait déjà les bases. Mikel Merino a fait le break à la 87e, au moment où la rencontre menaçait de s'éterniser. De Ketelaere a bien réduit la marque dans la foulée (2-1), mais trop tard pour inquiéter des Espagnols maîtres de leur sujet.
Ce but de Merino a valeur de sésame. Il propulse l'Espagne dans le dernier carré, seize ans après sa dernière demi-finale mondiale, et referme un long jeûne pour une nation qui butait depuis trop longtemps sur ce plafond. Pour une sélection longtemps arrêtée aux portes des demies, le soulagement valait bien la délivrance.
Cap sur la France, mardi à Dallas
Le décor est planté. Mardi 14 juillet, à Dallas, l'Espagne défiera la France pour une place en finale, le record de Mancini en ligne de mire. Le rendez-vous est doublement chargé : le billet pour l'ultime rencontre d'un côté, une ligne d'histoire de l'autre. Rarement une demi-finale aura offert pareil double enjeu.
Pour la France, l'affiche a des allures de piège autant que d'occasion. Se dresser face à une équipe qui n'a plus perdu depuis vingt-six mois, c'est affronter la confiance à l'état pur. Battre l'Espagne, en revanche, briserait net la série et ouvrirait la route d'une finale encore promise à un adversaire inconnu, issu de l'autre tableau.
Le contexte ajoute au sel du rendez-vous. L'Espagne n'avait plus atteint ce stade depuis 2010, année de son unique étoile mondiale. Y revenir seize ans plus tard, avec un record du monde en toile de fond, transforme cette demi-finale en épreuve à double détente : une finale à décrocher, une trace à laisser.
Une évidence demeure. Depuis mars 2024, personne n'a trouvé la faille. Les Bleus auront le premier droit d'essayer, mardi, sur la pelouse de Dallas.


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