Il aura fallu attendre soixante-douze ans. En sortant la Colombie aux tirs au but (0-0, 4-3 t.a.b.) en huitièmes de finale, la Suisse de Murat Yakin s'est qualifiée pour les quarts de finale d'une Coupe du monde pour la première fois depuis 1954. Une éternité. Trois générations de supporters auront patienté pour revoir la Nati à ce niveau.
Au coup de sifflet final, le sélectionneur ne cachait pas son émotion. « Nous avons enfin brisé la malédiction », a lâché Yakin, selon ESPN. « Je suis incroyablement heureux pour tout le monde, les joueurs, le staff et les supporters. » Deux phrases qui résumaient le poids libéré ce soir-là.
Une phase de groupes sans le moindre faux pas
Ce parcours n'a rien d'un hold-up. Dans un groupe B qu'elle a bouclé en tête et sans la moindre défaite, la Suisse a d'abord été accrochée par le Qatar (1-1), avant de trouver son rythme. Face à une Bosnie-Herzégovine réduite à dix, elle refaisait son retard et déroulait pour s'imposer 4-1, d'après Al Jazeera.
Le symbole de ce caractère tenait en un geste. Alors que la rencontre basculait dans le temps additionnel, Granit Xhaka prenait ses responsabilités et transformait un penalty (90e+7). Un capitaine qui ne se dérobe pas quand le chrono s'affole : voilà qui dit déjà beaucoup de l'état d'esprit installé par le technicien. Quatre buts passés à un adversaire en infériorité numérique, une place de leader décrochée sans défaite : la Nati sortait de la phase de poules avec du crédit et de la confiance.
La malédiction des tirs au but enfin brisée
En seizièmes de finale, tour supplémentaire de ce Mondial élargi, elle n'a pas tremblé devant l'Algérie. Breel Embolo lançait idéalement les siens dès la 10e minute, Dan Ndoye faisait le break au retour des vestiaires (46e), rapporte ESPN. Un succès net (2-0) qui envoyait la Suisse en huitièmes pour la quatrième Coupe du monde d'affilée, preuve d'une régularité rare à ce niveau.
Restait le mur colombien. Verrouillées, prudentes, les deux équipes ne parvenaient pas à se départager et se quittaient sur un nul et vierge (0-0). Direction les tirs au but, l'exercice où la Suisse s'était toujours brûlé les doigts. Sa seule séance en Coupe du monde, en 2006 face à l'Ukraine, avait tourné à l'élimination.
Cette fois, le scénario a basculé du bon côté. Gregor Kobel repoussait la tentative de Cucho Hernández, et Ruben Vargas, entré en cours de jeu, transformait le tir au but de la délivrance pour sceller la qualification (4-3 t.a.b.), selon ESPN. Première victoire helvétique aux tirs au but dans l'histoire de la compétition. La malédiction, enfin, appartenait au passé.
La patte Yakin
Ce qui frappe chez cette Suisse, c'est moins l'éclat individuel que la maîtrise collective. Un bloc discipliné, une défense qui n'a plus encaissé depuis l'entrée dans le tableau à élimination directe, un gardien décisif à l'instant clé. Devant, Embolo et Ndoye ont apporté le tranchant ; derrière, Kobel a offert les garanties d'un dernier rempart de très haut niveau. Et, au cœur du jeu, un patron : Xhaka, capable de peser dans la construction comme dans les moments chauds.
Longtemps contesté dans son pays, Yakin a fini par imposer sa lecture. Peu de fioritures, pas d'esbroufe, mais une équipe qui ne se liquéfie plus quand la partie se tend. Le renversement contre la Bosnie, le sang-froid dans la séance colombienne : deux visages d'un même apprentissage, celui d'un groupe qui a appris à ne plus reculer. La Nati ne subit plus les grands rendez-vous. Elle les affronte.
L'Argentine au bout du chemin
Reste désormais l'obstacle le plus haut. En quart de finale, la Suisse défiera l'Argentine, championne du monde en titre, et son Lionel Messi, à l'Arrowhead Stadium de Kansas City, selon ESPN.
Sur le papier, le déséquilibre saute aux yeux. Mais une sélection qui vient de réécrire sa propre histoire n'a plus grand-chose à perdre. La Nati a déjà franchi toutes les frontières qu'elle s'était fixées depuis 1954. La vraie question, désormais : jusqu'où ce parcours patient et sans peur peut-il encore la porter ?



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